Table des matières

Célébration du pardon

Confessions

Projet pastoral

Réconciliation

 

CONFERENCE sur le PARDON

par le P. Jean-Baptiste

 

Nous étions nombreux au rendez-vous pour la conférence sur le pardon. Certaines personnes ont souhaité des soirées de formation chaque mois. Type de catéchèse pour adultes sur des sujets comme la messe, les sacrements... Pour les personnes qui ont demandé le texte, une équipe se met au travail pour transcrire la conférence déjà enregistré sur CD. Un sujet est proposé pour le carême 2004 :  « la fidélité ».

 

Plan de l’exposé :

Introduction

Méthode de travail

Pourquoi pardonner

Différentes formes du pardon

Ce qu’est le pardon

Pardon et réconciliation

 

Chapitres :

 

I.           Dimension anthropologique du pardon

II.         Dimension psychologique du pardon

III.      Pardon et réconciliation dans la vie politique

IV.      Problème de la séparation entre le cultuel et le culturel

V.        Pardon et réconciliation dans l’Eglise       

       Témoignage de Maryse

VI.      Les obstacles du pardon

VII.   Le pardon à soi-même

VIII. Le chemin du pardon

IX.      La dimension religieuse du Pardon

X.        Le chemin de la réconciliation

 

 

Enquête sur le Pardon

Des exemples

Homélie du P. Jean-Baptiste

Documents

Prière et chant

 

Préliminaires 

 

Méthode de travail  Prendre des notes pour une discussion plus tard.

Deux difficultés : Question de mentalités

                                                                 Question de théologies

Demander tout de suite des précisions, pas discussion. 

La conférence ne donne pas de réponses ou de solutions toutes faites.

Elle ouvre des pistes de réflexions.

 

Introduction

 

Pourquoi pardonner ?

§       Pour surmonter la peine quand nous sommes blessés

§       Pour trouver la paix quand la haine et le désir de vengeance nous habitent.

§       Nous pourrions blesser quelqu’un sans faire exprès.

(Annexe : exemples 1 et 2)

§       Nous avons fait aussi des erreurs regrettables ou condamnables, et qui nous marquent pour la vie.

§       Nous pouvons être traumatisés par une blessure d’enfance que nous ignorons et qui nous empêche de faire quelque chose (annexe : exemple 3) ou supporter quelqu’un qui reflète, sans que nous sachions, notre propre faiblesse.

 

Différentes formes du pardon 

 

-         Pardonner à ceux qui nous demandent le pardon

§       Dans la vie du couple, entre amis

§       En famille

-         Pardonner aux méchants qui ne demandent rien parce qu’ils sont « mauvais », ou bien parce qu’ils  sont « amoraux » (Annexe : exemple 4)

§       Le méchant n’est-il pas  le bouc émissaire de tout ce que nous ne pouvons supporter ? ou pour exorciser la haine qui nous tenaille ?

-         Pardonner à soi-même.

§       La chose la plus difficile. « Ma faute est toujours devant moi ." (Psaume 50)

 

Ce qu’est le pardon 

 

-         Le pardon n’est pas l’excuse

« L’excuse, pour être juste, doit s’appliquer à un mal reconnu comme non volontaire : on ne pardonne pas à quelqu’un qui vous a marché sur les pieds par inadvertance, on l’excuse ... Dans le cas de la demande du pardon, on se situe nécessairement dans le champs des actes volontaires reconnus comme tels par leur auteur » (J.M. Gueullette : Fêtes et Saisons p. 18). Dans le pardon, il y a reconnaissance de la responsabilité de l’offenseur, et la volonté libre de l’offensé.

-         Le pardon ne justifie pas l’autre, mais moi-même. Je ne te dis pas que tu n’as pas eu tort, mais je reconnais que j’ai pu aussi avoir tort, que je serai toujours capable de commettre des erreurs et que j’aurai toujours besoin du pardon des autres et du pardon de Dieu me rendra « juste ».

Sachant que le terme biblique de « justice », signifie surtout « être justifié par Dieu » . Le « juste » est celui qui vit en conformité avec un projet de Dieu sur lui. Job est un homme juste. Joseph est un homme juste.

-         Le pardon n’est pas l’oubli. Pourquoi pardonner si on a oublié ce qui s’est passé. La qualité d’un don (un cadeau) est dans l’intention de celui qui offre. La valeur du pardon se mesure à la gravité de la faute. Quand on a oublié la faute, comme si elle n’existait plus, où serait-il donc le pardon ? Quoi pardonner ?

-         Le pardon n’est pas effacement de la faute, mais son dépassement. On ne pardonne pas la faute, on pardonne à la personne. « Je t’aime plus que ta faute, je t’aime au-delà de ta faute ."

-         Le pardon demande du temps (un temps de désir : la parabole de l’enfant prodigue, par rapport aux deux autres paraboles : brebis égarée et pièce perdue)

 

 

Pardon et réconciliation

 

-    Le vrai pardon doit aboutir à la réconciliation.

Puisque le pardon n’est pas l’oubli, mais le dépassement de la faute pour retrouver la personne, il s’agit donc d’une rencontre et cela exige la « réconciliation."» (Va te présenter au prêtre... ce sera un témoignage)

 

-         Etre en paix avec soi-même

Cela suppose « un désir » d’être en paix avec les autres

 

« Si votre justice n’est que la justice des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le Royaume des cieux » (Mat 5,20)

 

-         Le pardon restera comme une « pénitence pénible », alors que la réconciliation est une « béatitude «  : « Heureux les artisans de paix »

 

Notre réflexion s’oriente vers cette béatitude de libération.

 

I. Dimension anthropologique du pardon

 

Nous abordons dans le premier temps, le pardon au sens large, c’est-à-dire concernant l’homme en tant que tel, croyant ou non. Nous laissons de côté, en attendant, la dimension religieuse, les préceptes évangéliques et/ou l’exigence de la charité, pour ne voir que la fonction du pardon dans les relations sociales :

 

a) Pardonner suppose toujours qu’il existe une relation. Le pardon nous met en face de quelqu’un, l’importance du pardon se mesure à l’intensité de notre relation. Nous sommes beaucoup plus touchés par l’offense causée par un ami que par un inconnu.  (Exemple : conflits dans les familles.) Si la vie se structure par les relations, le pardon en est la plus grande épreuve, il prouve la solidité de la relation et par conséquent, la qualité de la vie.

 

b) Les sciences humaines nous ont appris que tout acte libre et personnel, bon ou mauvais, se trouve co-déterminé par des circonstances historiques, politiques, psychologiques et sociales.

 

c) Quand il s’agit d’une personne avec qui nous n’avons pas de relation personnelle, notre jugement est basé sur la loi, les coutumes, ou les traditions.

d). Quand il s’agit d’une personne que nous aimons, notre jugement est basé surtout sur les sentiments subjectifs. (Exemple : l’infidélité dans la vie du couple)

« Dans la vie conjugale… un acte grave ne brise pas forcément la relation, si la tendresse parle ensuite plus fort que la méchanceté et la souffrance. Par contre, une série d’actes (peu graves en eux-mêmes) peut lentement ronger l’amour et créer une situation irréparable. » (Dire la foi des chrétiens p. 194).

e) Le pardon implique une relation de dépendance : Celui qui désire être pardonné dépend donc socialement des autres. Celui qui pardonne est reconnu supérieur. 

 

II. Dimension psychologique du pardon :

 

L’aptitude à pardonner à autrui ou à soi-même est une marque de maturité. Elle présente un progrès considérable par rapport au désir plus primitif de vengeance. Les racines du désir de vengeance aussi bien que la capacité à pardonner se trouvent dans l’expérience de la petite enfance. La vie de tout petit-enfant est pleine de satisfactions et de frustrations. L’enfant normal réagit aux frustrations par un désir de représailles… (cf. l’histoire d’un petit éléphant qui se venge du tailleur qui l’a piqué avec une aiguille)

On dit que l’enfant est méchant : il tape les autres, il écrase les petites bêtes… Mais la faculté de sensibilité à autrui a ses racines dans l’enfance et, dans une personnalité parvenue à la maturité, elle représente une transformation de son narcissisme en un sens socialement profitable.

 

La sagesse d’un bouddhiste :

« Si vous êtes bons, vous ne devez pas être touchés par la méchanceté, et si vous êtes touchés, vous n’êtes pas aussi bon que vous le croyez ». 

Parce que la blessure révèle votre propre défaut que vous ne pouvez supporter.

A propos de la charité (annexe : exemple 5)

 

III. Pardon et réconciliation dans la vie politique

 

Une des trois fonctions fondamentales de l’homme est la fonction royale, terme symbolique qui désigne la tâche de rassembler et de gouverner.(cf. le rite du baptême).  Il n’y a pas de « gouvernement » sans « rassemblement », il n’y a pas de « rassemblement » sans « réconciliation », il n’y a pas de « réconciliation » sans « pardon ».

La grande difficulté des responsables politiques, c’est de ne voir la politique qu’en terme de « pouvoir de gouvernement »

Le sens étymologique :

Politique du latin politicus ; ou du grec politikus : de la cité.  Signaler aussi que l’Economie  du grec oikos : maison

Il s’agit pour les responsables , non seulement de « gouverner » dans le sens de diriger  mais d’organiser, dans le sens de gérer les rapports entre les gens ».

Il s’agit pour les citoyens de vivre en « bonne entente » , c’est-à-dire (tendre l’oreille) à...  se mettre à l’écoute de l’autre avec respect. L’entente ne veut pas dire « accord ». L’accord parfait n’existe qu’en terme musical. Mais un accord n’est « parfait » que grâce aux autres accords imparfaits qui le préparent par exemple comme le 7ème. La direction musicale, l’autorité d’un chef d’orchestre est « absolue », parce qu’elle consiste à « orchestrer ». L’orchestre n’exclue pas, il harmonise… et les musiciens et les instruments.

Puisqu’il s’agit de la cité (politicus) de la maison (oikos), des personnes, plus que des choses, le pardon ou la réconciliation est indispensable dans la vie politique. L’opposition en politique qui est nécessaire dans tous les régimes, ne consiste pas à démolir  systématiquement des projets, surtout pas à attaquer les personnes qui ont été démocratiquement élues, mais à les empêcher de ne faire qu’à leur tête, en fonction de  leur intérêt personnel ou partisan.

L’idéologie est un soutien d’action politique, elle n’est pas la référence absolue.   (Annexe : exemple 6 : la différence de comportement entre un syndicaliste cégétiste chrétien et un syndicaliste cégétiste communiste).

 

IV. Le problème de la séparation entre le cultuel et le culturel

 

Il y a en France la séparation de l’Eglise et de l’Etat (le terme « séparation » n’est pas bon. Un temps, les catholique qualifiaient les protestants de « frères séparés »). Cette « séparation de pouvoir » a fait aussi la « coupure » entre le « culturel » et le « cultuel ». Un culte pratiqué par un groupe important de la population est un fait culturel indéniable. J’entends ici le terme « culte » dans un sens large : peu de gens à la messe, mais beaucoup à des funérailles religieuses. Peu de gens croient en Jésus ressuscité, mais beaucoup croient à la vie après la mort d’un être cher. (exemple : un ingénieur athée déclaré, croit que sa mère décédée, ne disparaît pas dans le néant). Le culte des ancêtres au Vietnam, comme dans beaucoup de pays en Asie ou en Afrique, est un fait « culturel ». L’Harmonie dans l’univers, (concept oriental) ce qui est plus large que  la « Réconciliation » (concept occidental) entre les hommes, présente l’Homme dans un univers accueillant. La culture, n’est pas seulement production artistique, souvent exploitée et faussée par le commerce, elle doit aider l’homme à grandir humainement. Il y a toujours un lien étroit entre le cultuel et le culturel. On ne peut comprendre ce lien, sans étudier ces deux éléments. Pareillement, dans la vie familiale, la différence de religions ne donne pas prétexte à l’ignorance mutuelle, au contraire. Ignorer cette réalité, c’est se couper d’une communication indispensable. Comment gouverner un pays de croyants, en restant indifférent à la religion ? Cette ignorance laisserait la place libre à toutes sortes de superstitions (guérisseurs, gourous),  d’idolâtries (argent, drogue...), de sectes. Pour les chrétiens, la culture est chemin de l’évangile. L’inculturation dont parle le Concile Vatican II ne doit  pas prendre la forme d’une apologie déguisée. C’est une vraie rencontre de l’évangile et de la culture. (voir le Testament de Jean XXIII)

« Plus elle est universelle, plus l’Eglise catholique doit rencontrer et s’adapter à des cultures qui n’ont plus grand chose en commun avec la romanité » (Poupard, la Croix Vendredi 07 03 03)

(Annexe : exemple  7)

 

V. Le Pardon et la réconciliation dans l’Eglise

 

L’Eglise catholique a un pouvoir politique qu’elle exerce à l’intérieur comme à l’extérieur. Elle a commis beaucoup d’erreurs dans le passé. Le Concile Vatican II a ouvert de nouvelles perspectives. Il n'en reste pas moins que l’Eglise doit vivre cette tension entre l’organisation et la communion. « Jésus a annoncé le Royaume et c’est l’Eglise qui est arrivée » (Alfred Loisy). Je pars d’une affirmation personnelle qui n’engage que moi : Les religions sont production de la culture. C’est pour cela elles sont liées à la morale c’est-à-dire les mœurs et coutumes. (Annexe : exemple Missionnaires Salésiens et Prières salésiennes). Elles codifient en quelque sorte les rapports en les sacralisant par des rites. La guerre sainte en est un exemple. Jésus a pourtant dit : le sabbat est pour l’homme. La religion est aussi pour l’homme. La politique vise le rapport entre les personnes. C’est peut-être là, la particularité de l’Eglise. « Elle est toujours en retard », me dit un jour une personne. « Parce qu’elle attend ceux qui ne marchent pas vite. Elle ne veut pas exclure ... », ai-je répondu. L’Eglise n’est pas d’abord une organisation qui fonctionne bien, mais un peuple en marche. Un pèlerinage de foi. L’église, dans sa fonction royale, n’est pas d’abord « gouverner » mais « rassembler ». A chaque Eucharistie, le rassemblement (ecclesia = Eglise) appel « le Pardon du Seigneur ».  Sacrement de la rencontre, l’Eglise ne l’est qu’en étant universelle, sinon elle serait « secte ».

 

VI. Les obstacles du pardon 

 

- L’égoïsme :  Le moi est le premier, en fonction de quoi, je réfléchis et j’agis.  Or le pardon est de l’ordre de la  générosité et de l’humilité. L’orgueil est une forme d’égoïsme.

 

- La peur : Peur du laxisme de l’autre. Peur de se voir « offensé, limité ». Peur d’admettre qu’on est peut-être aussi responsable.  Le pardon est un risque. Cela demande du courage.

 

- Le souci de justice : « Ce n’est pas juste » disons-nous, mais par rapport à quoi ?  Pour être juste, il faut avoir une conscience morale et la connaissance de la loi (coutumes, tradition) 

 

La justice fait référence à la loi :

 

Ex. 21,26 « Lorsqu’ un homme frappera son esclave ou sa servante à l’œil et l’éborgnera, il lui rendra la liberté en compensation de son œil perdu. S’il fait tomber une dent de son esclave, - ou de sa servante, il lui rendra la liberté, en compensation de sa dent perdue ».

Lv 24,19 « Si un homme blesse un compatriote, comme il a fait, on lui fera : fracture pour fracture, œil pour œil, dent pour dent. »

Mat 5,20 : « Si votre justice n’est que la justice des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le Royaume des cieux »

Matt 5,28 : « Vous avez entendu qu’il a été dit : Œil pour œil et dent pour dent. Eh bien ! moi je vous dis de ne pas tenir tête au méchant »

 

La justice fait référence aux coutumes : Tradition religieuse, familiales…

Or « tout ce qui est légal n’est pas forcément moral... ». Il y a aussi des lois injustes, des coutumes dépassées.

 

- Le manque de confiance :  en soi  (suis-je capable de surmonter … ? )  et à l’autre (est-il capable de changer ?)

 

- Le manque de foi : Ne pas croire que l’amour est plus fort que la haine. L’amour donne la vie ; la haine tue. Elle tue l’autre. Et  à la longue, elle me tue aussi. 

 

- Le manque d’un amour authentique : l’amour d’une mère qui pardonne toujours

Cf : Enquêtes sur le Pardon (Fêtes et Saisons)

(Annexe :Exemple 8): débat sur la suppression de la peine de mort à la rencontre des parents à Chatou)

 

Témoignage de Maryse (annexe : exemple  9)

Famille Portugaise (annexe : exemple 10)

 

 

VII. Le pardon à soi-même:

 

Nous abordons maintenant un chapitre délicat, mais essentiel, à savoir le pardon à soi-même.

Dans un ouvrage rédigé par deux aumôniers d’une clinique psychiatrique : nous trouvons une analyse intéressante de ce qui  peut nous arriver, quand nous sommes profondément blessés :  

 

-        Dans un premier temps, nous essayons de nier la réalité, affirmant qu’il n'y a jamais eu blessure ou au moins qu’elle ne nous inquiète pas.

-         Dans un deuxième temps, la moutarde nous monte au nez et nous nous en prenons à ceux qui nous démolissent et nous blessent.

-         Troisième étape : nous commençons à définir les conditions auxquelles nous accepterions de pardonner à ceux qui nous ont fait du mal.

-         Quatrième étape : un épisode dépressif au cours duquel nous nous en prenons à nous-mêmes qui avons tout fait pour nous démolir.

-         Finalement, nous en arrivons à la cinquième étape et nous nous justifions par une phrase du genre : « J’entends profiter des conséquences positives qu’aura certainement cette blessure. »

 

Les cinq étapes de la guérison

 

Le refus

Je refuse d’admettre que j’ai été mortellement blessé

L’anxiété décroît au fur et à mesure que sont localisées les craintes et les frayeurs.

La colère

Ce sont les autres qui me blessent moralement et qui m’ont ainsi détruit

Les craintes et les anxiétés venant de facteurs externes diminuent au fur et à mesure que le sujet « intègre » la colère.

Le marchandage

Je ne pardonne qu’à certaines conditions

La colère et la crainte diminuent au fur et à mesure que diminuent les conditions posées pour le pardon

La dépression

C’est de ma faute si j’ai été démoli par une blessure morale.

Les angoisses et les peurs venant de facteurs internes diminuent à mesure qu’est intégrée la culpabilité.

L’acceptation

Je découvre que la blessure morale qui m’a fait tant de mal a des conséquences positives.

Ce qui me rendait anxieux et craintif devient progressivement un don, source de bénédiction.

Linn Dennis et Matthieuw : La guérison des souvenirs   Desclée de Brouwer

 

Annexe : exemple 10 : dans une famille)

 

VIII. Le chemin  du pardon 

 

Pardonner requiert en premier lieu un honnête reconnaissance qu’on a souffert ou qu’on est en peine à cause de l’acte d’un autre.

Le pardon est un acte volontaire, il ne se produit pas sans intention de notre part. Cette décision peut être facilitée par la conscience des conséquences destructives de l’absence du pardon.

Pardonner, c’est se souvenir du passé pour l’assimiler et en faire un élément de notre histoire.

Le pardonneur se décharge de la colère et du ressentiment envers l’offenseur. Il voit dans l’offenseur sa propre identité profonde celle d’un être humain, qui comme lui-même, a une valeur malgré la faiblesse et les limites humaines.

Le pardon est finalement un acte de foi : on croit l’invisible dans le visible.

Le pardon révèle l’acceptation de soi-même « offensé » car « limité ». Le moi-imparfait se trouve révélé par l’offense.

Le pardon est un acte d’amour : accepter l’autre tel qu’il est. (son histoire : Passé-Présent-Avenir).

 

notes

a) Compassion

Sens strict : souffrir avec, passivement.

Sens large : solidaire avec … cherchant ensemble une solution d’en sortir

 

b) La douleur et la souffrance :

(douleur : physique – souffrance est physique et psychique)

Pour la culture judéo-chrétienne, la douleur est une fatalité, une punition… « Tu enfanteras dans la douleur ». Dans la pensée orientale, elle fait partie de la vie : la culture, l’environnement. Tout changement déstabilise et entraîne une souffrance.

Pour la culture judéo-chrétienne, la souffrance vient d’un manque

Dans la pensée orientale, elle vient d’un plus qui déstabilise, qui crée un désordre. Il s’agit non pas de retrouver l’ordre établi, mais de trouver un ordre nouveau.

Pour assumer la souffrance, il faut la connaître pour la dominer. Les torturés, les martyrs savent pourquoi ils sont torturés, martyrisés… ils arrivent à supporter sans trahir.

(Ant 2 Dimanche 9 février 03)

 

IX.  Dimension religieuse

 

Le pardon humain est à la fois une conséquence… et une condition du pardon de Dieu. 

Le pardon est la dimension essentielle de l’existence humaine. Il est la seule activité humaine citée dans le Notre Père. Il est le « pain de vie » (Léonardo Boff )

Seul, celui qui a fait l’expérience du pardon peut vraiment pardonner ; tout comme peut seul aimer vraiment celui qui a fait l’expérience de l’amour.

« Celui qui ne pardonne pas à son frère ; n’a pas reconnu le pardon que Dieu lui donne »

Le Pardon est le Don par excellence, qui nous rend à « la ressemblance de Dieu »

La route de la divinisation :  La finalité de la vie spirituelle est notre participation à la vie divine : c’est ce que les Pères de l’Eglise appelaient la « divinisation ». Grégoire de Naziance (Capadoce 330) écrit : « Dieu s’est fait homme afin que l’homme devint Dieu ».

Maxime le Confesseur (Constantinople 580) a une synthèse sublime : « La divinisation se réalise lorsque s’introduit en nous la charité divine jusqu’au pardon des ennemis, comme le Christ en Croix » » Quand est-ce que tu deviens Dieu ? Quand tu seras capable, comme le Christ en croix de dire « Père, pardonne-leur » ; plus encore « Père, pour eux je donne ma vie ».

Pardonner, dans le sens de ne plus tenir en rigueur la faute, ce n’est qu’un début. Pardonner dans le sens de se réconcilier est un deuxième degré. Le degré le plus haut est le Pardon de Dieu manifesté en Jésus « Sang versé pour une nouvelle Alliance ».

Le pardon est le signe d’un amour authentique (agapè). Un amour qui pardonne, qui réconcilie, qui donne une nouvelle vie : la nouvelle création.

La croix de Jésus est signe de la vie donnée.

La croix symbolise la rencontre dans la culture universelle.

La rencontre est vie : « rencontrer la vie » (cf.  Editorial du Petit Journal – Pâques 2003)

 

Références :

Vous donc, vous serez parfaits … (Mat 5,48)

Le péché qui conduit à la mort (I Jean 5,16-17)

Péché véniel (moins grave) celui qui blesse l’amour.

Péché mortel (grave) celui qui tue l’amour

 

 

X.  Le Chemin de la réconciliation

Comment aider les autres à vivre le pardon et la réconciliation ?

 

« Heureux les artisans de paix, ils seront appelés fils de Dieu »

Marqué du signe de la Croix, le chrétien (homme) est chargé de sa première responsabilité : être un lieu de réconciliation.

 

Il ne s’agit pas seulement, comme nous avons souligné, de voir le pardon comme une solution à notre propre conflit ou à notre déprime, mais un acte de réconciliation, de libération. « Il y a plus de joie à donner qu’à recevoir ». Libérer les autres, nous libère en même temps. Ne voyons pas cela comme un « devoir », mais comme « une grâce ». « Ce que vous retenez sur la terre, sera tenu dans le ciel... »

 

Exemple : Jésus et les disciples d’Emmaüs (Luc 26)

 

« Le christianisme se réclame d’une expérience historique... Le premier point de cette expérience historique, c’est d’avoir cru simplement qu’un homme ordinaire, mais dont la vie était un modèle de justice, de pacifisme et d’amour, avait été exécuté, de telle sorte de tout était fini. La seconde expérience historiquement perceptible, c’est que cette expérience d’effondrement  n’a pas suscité la déprime totale, mais un rebondissement. Entre les deux, il y a ce que nous appelons la résurrection... »  (Eugen Drewermann : La parole qui guérit   p. 191)

 

Comment Jésus procède :

 

- Rencontrer les personnes sur le chemin.

- Partager leur interrogation, leur doute, leur colère, leur espoir…

- Prier avec elles : entrer en dialogue avec la Parole de Dieu 

- Respirer la vie :  Symbole eucharistique : Joie de la reconnaissance.

 

notes

Pour ceux qui le désirent, un enregistrement direct en CD ou en K7 complètera ce texte.

Pour les CD, s’adresser à Jean-Pierre Maetz 01 34 98 07 14

Pour les K7, s’adresser au P. jean-Baptiste 01 30 93 40 46

 

Enquêtes   Le pardon une vertu chrétienne ?   

 

 

Parmi les situations suivantes, quelles sont celles que vous ne pourriez pas pardonner ?                          

 

Ensemble                                      des Français

Catholiques pratiquants

réguliers

L’agresseur d'un de vos enfants:

84 %

78 %

Un conducteur qui blesse un de vos proches dans un accident de voiture

48 %

46 %

Une erreur médicale dont vous êtes la victime:

42 %

39 %

Une injustice qui vous est faite

32 %

26 %

La trahison de votre confiance par un(e) ami(e) :

19 %

19 %

Votre conjoint qui vous trompe

17 %

12 %

Vos parents qui vous ont caché des secrets de famille:                                     

6 %

  4 %

Sans opinion :

  3 %

6 %

On le voit ici,  très nettement, même si les réponses des catholiques pratiquants sont en harmonie avec celles des Français dans leur ensemble, elles marquent une tendance plus forte au pardon. C'est par­ticulièrement net ‑ et cela vaut d'être souligné ‑ en ce qui concerne l’infidélité conjugale.

Pour vous, le pardon, c'est avant tout ...

Un acte de confiance en l'autre:

38 %

46 %

Une nécessité sociale :

23 %

27 %

le début de l'oubli:

21 %

17 %

Un signe de faiblesse:

10 %

  3 %

Sans opinion :

  8 %

7 %

Les réponses à cette question confirment le regard particulièrement positif que portent les catholiques pratiquants réguliers sur le pardon. Ils sont notamment plus nombreux à y lire un acte de confiance en l'autre. A l'opposé, seule une petite minorité y lit un signe de faiblesse.

Vous‑même, dans votre vie personnelle, vous arrive t il de pardonner ?

Souvent :

36 %

52 %

De temps en temps :

43 %

37 %

Rarement:

15 %

5 %

Jamais :

  4 %

  2 %

Sans opinion :

  2 %

  4 %

Même constat: les catholiques pratiquants réguliers sont plus nombreux à pardonner « souvent » puisque c'est le cas de plus d'un sur deux, contre un sur trois pour la moyenne nationale. A l'op­posé, seuls 7 % disent ne pardonner que rarement ou jamais, alors que c'est la réponse de 19 % des Français. Il existe bien une caractéristique des catholiques – et sans doute plus largement des chrétiens‑, vis-à-vis du pardon.

 

 

Sondage effectué par la Sofres pour le Pèlerin Magazine, les 15 et 16 janvier 2003, auprès d'un échantillon national de 1000 personnes, représentatif de l'ensemble de la population âgée de 18 ans et plus.

 

 

Les exemples

 

1) Trop bien pour les autres.

Un fait tout simple : quand j’étais à Paris, une jeune fille, Michèle, est venue me voir pour m’annoncer qu’elle avait eu son Bac mais qu’elle avait perdu son amie Sylvie. Et pourtant « Sylvie et moi, nous étions amies depuis longues dates : depuis la 6ème nous avons suivi nos études ensemble. Après le Bac, pas moyen de la voir, elle ne veut plus me voir, elle ne veut plus me fréquenter ; je ne sais pas pourquoi et cela me fait beaucoup de peine. Malgré mes tentatives pour la rencontrer, Sylvie ne répond pas. »

J’ai alors demandé à Michèle :

- Qu’est-ce qui s’est passé après votre Bac ? Vous étiez toujours ensemble, vous avez réussi toutes les deux ?

- Non, non, moi j’ai réussi mais pas Sylvie.

- Voilà, maintenant tu vas à l’université et Sylvie redouble ou peut-être a quitté les études

Pour Sylvie, Michèle n’est plus l’amie telle qu’elle aurait aimé ou souhaité.

- Je n’y suis pour rien, dit Michèle

- Justement, tu n’y es pour rien mais Sylvie te voit trop bien pour elle ou peut-être elle se voit pas assez bien pour toi.

Voilà le fait. Si on paraît trop bien, on peut engendrer des souffrances à ceux qui se jugent moins bien que vous. La nécessité du pardon n’est pas toujours une suite à nos erreurs ou à nos offenses mais parfois engendrée par la vie qui nous a placés à un niveau auquel on ne nous attendait pas.

 

2) Dans les communautés religieuses,

on trouve des religieux qui sont bien et parfois très bien, mais ils sont souvent insupportables. Alors nous disons « Si vous êtes saints, priez pour nous, mais fichez-nous la paix ». Il arrive que des gens très bien, formidables, très catholiques soient difficiles avec les autres. Ils sont moins tolérants vis-à-vis de ceux qui sont moins bien qu’eux professionnellement, socialement.

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3) Traumatismes de l’enfance :

Monique avait un caractère difficile pour de multiples raisons : Elle rêvait de baignade, de natation à la piscine mais ne pouvait plonger sous l’eau. Elle a fini par trouver la raison de ce blocage : « je crois me rappeler que lorsque j’avais trois ans, j’étais dans la cour et je ne sais plus ce que j’avais fait pour irriter ma mère, mais d’un seul coup elle me versa tout un seau d’eau sur la tête et j’ai cru que j’allais mourir étouffée ».

Bien de gens sont marqués par des blessures d’enfance et ne s’en sortent pas : ils ont besoin d’aide pour se réconcilier avec leur propre histoire. Ayant détecté, reconnu leur blessure, leur faiblesse ils peuvent alors la surmonter.

 

4) Les jeunes : Ceux qui n’ont pas la même morale que la nôtre

La cohabitation juvénile est condamnée par beaucoup de parents chrétiens sous l’angle de la sexualité.  Or la sexualité n’est pas l’unique motivation des jeunes. Il y a aussi la question financière, le problème de la solitude. Il est dangereux pour une jeune fille de vivre toute seule à Paris. Il ne faut donc pas condamner sans chercher à comprendre. 

 

5) Le vieux bouddhiste,

Un vieux sage bouddhiste, me disait souvent : « Si vous êtes bons, vous ne devez pas être touchés par la méchanceté et si vous êtes touchés c’est que vous n’êtes pas aussi bons que vous croyez l’être. »

Je me rendais fréquemment chez cet ami bouddhiste et son épouse chrétienne, catholique pratiquante, participant quotidiennement à la messe. Un jour, je déjeunais chez eux, j’entendais son épouse rouspéter en faisant la cuisine. Et ceci amusait à la fois son époux et moi-même.

-  Mais qu’est-ce qui se passe chez vous ?

- Voilà, mon épouse rouspète parce que Un tel ne veut pas nous rembourser l’argent que nous lui avons prêté. Et je dis souvent à ma

femme « pourquoi tu te mets dans cet état ? pourquoi tu te fais mal ? nous avons ce qu’il nous faut pour manger … nous sommes tranquilles ».  Et il ajoute : « Vous savez, quand on nous a demandé cet argent, j’ai dit à mon épouse méfie-toi ». Et elle m’a répondu « moi, je suis chrétienne et je pratique la charité. Toi tu es bouddhiste et tu n’y connais rien : ». C’est elle qui a prêté l’argent et c’est elle qui râle…

Et pourtant ce vieux bouddhiste, je le rencontre un dimanche à l’église de Ménilmontant :


- Que faites-vous là ?

- Mon épouse est malade et elle ne peut participer à la messe, alors je viens prier pour elle.

C’est dire, combien la dimension psychologique de bonté joue dans notre manière d’être.

 

6) Idéologie politique

Un permanent syndical cégétiste fréquentait notre paroisse (st Jean Bosco) parisienne et ne manquait aucune messe dominicale.

A l’issue de l’une d’elles, je lui demandais qu’elle était la différence entre un cégétiste chrétien et un cégétiste communiste ?

- Voyons ! c’est simple : Supposons qu’un camarade de travail se blesse sérieusement. Moi, je cours chercher un  médecin et mon camarade communiste, lui, organise une manifestation. Le blessé ne l’intéresse pas.


7) Religion et culture

Au Vietnam, dans l’orphelinat où j’exerçais, les bons pères salésiens qui venaient de Rome m’ont demandé de traduire les prières des maisons salésiennes afin que les enfants puissent les réciter en vietnamien à la place des prières locales habituelles. Novice, je respectais leur demande.

Un jour, à Turin, j’ai découvert qu’en fait les prières des maisons salésiennes étaient tout bonnement celles du Diocèse de Turin reprises simplement par Don Bosco. Des Italiens ont donc obligé des Vietnamiens à réciter les prières du Diocèse de Turin ! Tout cela, pour dire que la religion est une production de la culture. A part le Notre Père, Jésus ne nous a enseigné aucune autre prière.

 

8) La peine de mort : Un amour « agapè »

A Ste Thérèse de Chatou, lors d’une réunion des parents, la question de l’abolition de la peine de mort a été évoquée.

Une maman dit : « Moi je réclame l’exécution de celui qui tue mon enfant ! ». Je lui réponds « Madame, supposez que le meurtrier soit votre fils ». « Ca c’est différent » dit-elle. Dans ce cas, elle voit d’abord son fils, dans l’autre cas, elle voit d’abord l’assassin. (voir l’enquête : agresseur de mon enfant est impardonnable)

Le pardon doit se situer dans cette relation maman/enfant qui reflète l’amour de Dieu « agapè », un amour sans condition, amour authentique.

 

9) Témoignage de Maryse

Je voudrais vous parler de la rupture et de la réconciliation entre moi et une de mes filles. Une rupture sans dispute, sans cri, colère ni larmes.

Ma fille est divorcée et m’a annoncé son intention de se marier.  Elle s’éloigne de Dieu, elle se coupe de l’Eucharistie ! Elle me répond « c’est mon problème entre moi et Dieu »

A partir de ce jour, c’est le silence : pas de coup de téléphone, pas de visite, pas de sortie ensemble. Dans les réunions familiales, ma fille est polie mais glaciale. Alors j’ai prié : Seigneur, envoie ton Esprit sur mon enfant qu’il l’éclaire et le fasse changer

D’avis » Mais Dieu ne me répond pas. En … je suis allée voir Jean-Baptiste. Je lui ai exposé mon problème et il m’a dit « Téléphone-lui ».

Dans un premier temps, j’ai dit « ce n’est pas à moi à téléphoner ! C’est à elle ! Au bout de quelques jours de réflexion et de prière, j’ai téléphoné. Ma fille est très heureuse de m’entendre et m’a proposé tout de suite de venir à la maison. Le lendemain, elle est venue et nous avons beaucoup parlé sans toucher à la religion : elle de son travail, moi de mes activités et le fil était renoué.

 

Quatre mois après, le mariage a eu lieu. Les amis qui étaient réunis le soir pour fêter l’événement se sont entendus dire par le marié, en guise de bienvenue : « Les circonstances m’ont pas permis qu’un prêtre, un pasteur ou un rabbin soit avec nous » puis il a terminé par une prière laïque dans laquelle il fait référence à l’union d’Adam et d’Eve.

Après quelques jours, ma fille m’a écris ces mots : "Enorme merci maman, pour votre présence tant physique que par la pensée et la prière que j’ai ressenties très fort et ainsi nous permettra de mener loin ce grand voyage que nous avons démarré tous les eux.

Et à partir de ce jour-là, j’ai dit « Seigneur protège et guide mes enfants, pas comme moi je veux, mais comme toi tu veux ».

 

10) Le poids de la tradition

Dans une famille portugaise de tradition sévère, Maria a choisi , à sa majorité, d’habiter ailleurs que chez ses parents, dans un logement à elle. Une fois la famille quittée, elle n’est plus « reconnue » par son père. Son mariage ? connais pas ! Sa maladie ? connais pas ! Lorsque gravement malade à l’hôpital, mourante même, son père interdit à sa mère d’aller la voir. Maria finit par mourir…

Son père était lié à une coutume, à un ensemble de traditions familiales.

 

11) Difficultés de reconnaître ses limites :

Dans une famille, à Paris, le père devait « assurer » le logement de la famille et la mère sa subsistance et pour cela elle travaillait sans relâche même les samedis et dimanches. Elle trouvait même le moyen de donner l’argent de poche à son mari pour ses cigarettes.

Les amis lui disaient « Mais que fait ton mari. Il ne travaille pas ! Il se ballade et est souvent au café » Elle ne voulait pas croire ses amis, cette situation lui semblait mensongère ; son mari est bien, formidable même ! Jusqu’au jour où on vient saisir les meubles, les loyers étant restés impayés depuis longtemps.

 

Homélie du P. Jean-Baptiste

III° Dimanche de Carême

 

Sacrement de la pénitence et de la réconciliation

Essai de re-formulation

 

Vision théologique  de la Création.

« Au commencement était le Verbe, tout fut par lui et sans lui rien ne fut » (Jean 1,2) La création a été une oeuvre de l’amour du Père en son Fils. Il a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour « réparer » la création, comme si elle était mal faite,  mais pour « révéler » la beauté de la création et nous aide à l’accomplir. Dieu a toujours voulu créer le monde avec les hommes.

La création n’est donc pas une « production » mais une « entrée en relation ». On pourrait formuler ce projet de cette manière : Dieu est « communion » . Il est « communion dans sa Trinité ». Mais la Communion, par définition, cherche toujours à entrer en communication. Donc, Dieu dit, je vais créer l’homme pour me communiquer avec lui. « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, et :mon père l’aimera, et nous viendrons à lui, et nous ferons chez lui notre demeure » (Jean 14, 23). Puisque Dieu est communion, vivre c’est rencontrer. Créer pour Dieu, c’est rencontrer. Dans la création de l’homme, Dieu voit qu’il n’est pas possible pour Adam de vivre seul, alors il a crée la femme. (Eve dont la racine est vivre).

La création, en ce sens, c’est l’Amour qui crée la Relation.

 

Le sacrement.

« Les sacrements sont des signes sensibles (paroles et action) accessibles à notre humanité actuelle. Ils réalisent  efficacement la grâce qu’ils signifient en vertu de l’action du Christ et par la puissance de l’Esprit-Saint » (Catéchisme de l’Eglise catholique)

L’Eglise catholique retient 7 sacrements (Signes) relevés de l’enseignement et la pratique de Jésus. (Les protestants n’en gardent que deux). Le sommet est l’Eucharistie (le Très-Saint-Sacrement, avons-nous appris au catéchisme d’autrefois)). Le Concile Vatican II présente l’Eglise comme un sacrement « L’Eglise étant, dans le Christ, en quelque sorte le sacrement, c’est-à-dire à la fois le signe et le moyen de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain. » (Lumen gentium §1). Par ricochet, chacun de nous est un sacrement dans la mesure où nous entrons en relation avec les autres comme signe de la présence de Dieu.

 

Le Sacrement de la pénitence et de la réconciliation

Pénitence : se repentir, se convertir. Réconciliation : aller à la rencontre. C’est comme dit Jean-Baptiste à propos du baptême: « Pour moi, je vous ai baptisés avec de l’eau(conversion), mais  lui (Jésus), vous baptisera avec l’Eprit-Saint(communion) »  (Marc 1,8)

Première démarche : La reconnaissance de l’amour de Dieu, un amour total, fidèle, manifesté en Jésus-Christ. Je demande la grâce de vivre dans cet amour. 

Deuxième démarche: Je reconnais que je suis encore loin de cet amour qui va jusqu’à « aimer les ennemis et donner la vie aux persécuteurs ». Je demande la grâce de pouvoir pardonner « à ceux qui m’ont offensés » et d’être « délivré du mal ».

 

Pourquoi l’aveu ?

Il n’y pas de pardon sans la reconnaissance de la responsabilité. L’aveu n’est pas uniquement dans ce qu’on dit au prêtre (en secret, dans le confessionnal).  Il est surtout dans  une  démarche communautaire. Une célébration communautaire de ce sacrement est un signe, un « signe ecclésial » de la pénitence et de la réconciliation. Chacun peut participer à cette démarche, même s’il ne voit pas la nécessité d’aller parler (en secret) à un prêtre. Le fait d’être là devant la communauté, est déjà un aveu. A chaque Eucharistie, nous « confessons à Dieu et devant nos frères que nous sommes pécheurs »

 

Pourquoi le prêtre ?

Le prêtre est là pour signifier la présence de Dieu et celle de la communauté. L’aveu au prêtre ne remplace pas la réconciliation avec celui ou celle que nous avons offensé. « Va d’abord te réconcilier avec ton frère ; » (Matthieu 5,23). D’autre part, le prêtre est un homme avec ses erreurs, ses blocages, ses angoisses, ses scrupules, ses traumatismes... On ne peut pas tout attendre de lui. Le prêtre n’est pas toute l’Eglise, l’Eglise est pas tout Jésus-Christ (On ne peut rendre Dieu « catholique » ), lui-même ne se prend pas pour absolu. Il se reconnaît « chemin » qui nous conduit vers Dieu.

 

Ce qui est premier : l’Amour de Dieu qui nous accueil. « Si ton coeur t’accuse, Dieu est plus grand que ton coeur » (I Jean 3,20). « Si nous sommes infidèles, lui demeure fidèle, car il ne peut se renier lui-même » (II Tm 2, 12)

 

Pour la célébration pénitentielle communautaire

 Sur une carte, chacun pourrait écrire :

 

 

-          Dieu, notre Père, je te rends grâce pour la VIE que tu m’as donnée. je l’ai reconnue comme un DON de ton AMOUR, en particulier,  (citez un fait : dans une rencontre...  ou bien à travers une épreuve, un témoignage, un événement ...)

-          Je reconnais que je suis encore loin de cet amour, du fait que j’ai .... (citez un péché ou une faiblesse ... ) qui m’empêche d’aimer comme Jésus a aimé.

 

Seigneur j’accueille ton pardon

Donne-moi la force de vivre dans l’amour.

 

Cette carte serait une aide-mémoire dans la brève rencontre avec le prêtre. Elle sera déposée dans un vase devant l’autel et brûlée dans le feu à la veillée pascale.

 

 

Documents :

 

Au-delà des miroirs

 

«Je n'ose plus me regarder dans la glace ! » Cette réflexion sou­vent formulée après une faute grave souligne que chacun éprou­ve spontanément le besoin de recourir à un « miroir » pour juger de sa propre dignité. Mais où trouver le bon miroir, celui qui reflète le réel avec justesse ?

 

II vaut mieux éviter de le chercher dans l'amoncellement de reproches que m'adresse avec rage la voix intérieure : « Tu t'es conduit de façon lamentable, tu me déçois... » Ces cris violents contre moi‑même traduisent souvent très mal le poids réel de ma faute. Ils proviennent en effet des « gardiens de l'ordre » qui, tout au long de mon enfance, ont élu domicile en moi, mal­ gré moi. Ils sont aussi des traces des idéaux inaccessibles forgés par mon imagination. II arrive même qu'ils prennent la forme d'un « oeil de Caïn » qui poursuit sans répit le coupable et le persécute jusque dans sa tombe.

 

En méditant la Parole de Dieu, le chrétien va le découvrir peu à peu : le seul « miroir » non déformant est le regard du Christ, tel qu'il est décrit dans les Évangiles. Mais peut‑on encore parler de miroir ? Pas vraiment ! Accueillir le regard de Jésus, c'est en effet vivre une expérience bouleversante. Au lieu de ressentir l'accablement devant l'image ternie de soi‑même, on vient à connaître la « folle »confiance d'un Sauveur qui s'est fait « ami des pécheurs » . Au lieu de subir la violence d'un Juge impitoyable, on se découvre invité par l'Esprit à se remettre debout en recevant le pardon du Père, et à marcher sur les routes des hommes avec un compagnon qui est Vérité et Vie

Xavier Thévenot sdb - Institut Catholique de Paris

 

 

Prière et chants

 

Aimer comme tu aimes

 

Je viens avec hardiesse te demander un don

qui dépasse toute chose.

Apprends‑nous à aimer comme tu aimes.

Ce n'est pas facile pour nous êtres humains.

Nous sommes tellement traversés par le désir,

la peur, l'agressivité...

Apprends‑nous cet Amour

qui sait prendre des risques pour les plus petits

et qui ne craint pas les puissants et les sages de ce monde.

Apprends‑nous cet Amour

qui cherche inlassablement la justice,

surtout lorsque cela dérange notre quiétude

et notre confort.

Apprends‑nous cet Amour

qui respecte passionnément tous les hommes

et d'abord ceux qui ne savent pas respecter les autres .

Apprends‑nous cet Amour

qui sait regarder chaque être humain

dans son chemin d'imperfection avec le projet de Dieu sur lui.

Apprends‑nous cet Amour capable d'un pardon sans retour

pour les offenses les plus lourdes à porter

et les blessures les plus vives.

Apprends‑nous à aimer comme tu aimes.

Alors nos vies seront transfigurées.

La paix se répandra dans nos groupes dans nos cités

et entre les peuples.

Aimer comme tu aimes :

Il n'y a que toi qui peux faire cela en nous

 

Michel Serin

 

 Seigneur, j’accueille ton pardon  G 25-52

 

 

Seigneur, j’accueille ton pardon

Donne-moi la force de vivre dans l’amour

 

1-Je viens vers toi

Tu me connais

Tu sais de quoi chacun est fait

C’est près de toi

Qu’on devient vrai

Heureux le cœur qui sait aimer

 

2-Je viens vers toi

Tu me connais

Je viens te dire mon regret

C’est avec toi

Qu’on peut changer

Heureux le cœur qui fait la paix

 

3-Je viens vers toi

Je te connais

Tu es plus grand que mon péché

C’est bien de toi

Que vient la joie

Heureux le cœur réconcilié