Centres de
préparation au mariage : « Accueil Recontre » n°236 mars-avril 2007
Avec
les jeunes couples, la question du sens de la vie.
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Après avoir été longtemps
curé à Paris, puis en banlieue, le Père Jean-Baptiste Dinh-Ngoc-Duong, salésien
de Don Bosco, a la charge du secteur paroissial de Septeuil dans les
Yvelines. Les nombreux fiancés qu'il reçoit chaque année ne sont pas
seulement attirés par les jolies petites églises ou les prix attractifs - comme il le dit
modestement - mais aussi parce qu'ils savent qu'ici ils seront bien accueillis. Comment trouve-t-il
"les mots pour dire" aux jeunes l'amour de Dieu présent dans leur
couple et le mystère de leur mariage, c'est ce que nous avons cherché à
savoir... |
Lorsque je leur parle avec sérieux et en vérité de
leur amour, ils en sont reconnaissants, même ceux qui au départ étaient plutôt
réticents.
Par quoi
commencez-vous avec eux?
Lorsque je rencontre des jeunes pour la première
fois, je leur demande de faire l'histoire de leur rencontre. L'être humain est
un être historique, on ne peut pas faire l'économie de cet aspect de la
personne. Maintenant, davantage qu'il y a quelques années, je leur demande
aussi de me parler de leurs familles respectives. Il me semble important de
pointer l'enracinement familial de chacun, à une époque où les jeunes semblent
davantage livrés à eux-mêmes qu'autrefois, lorsque les mariages étaient
"arrangés" par les parents.
Il y a aussi bien sûr tous ceux dont les parents sont
divorcés. Il faut prendre en compte les failles dans l'histoire de chacun, les
inquiétudes mais aussi la détermination des jeunes qui se disent: "Nous,
on va y arriver !"
Et ensuite?
Je leur demande de faire l'histoire de leur amour. La
plupart ont déjà vécu ensemble plusieurs années, ils ont "porté ensemble
le poids du jour" c'est le sens du mot "communion" : cum-munus,
porter la même charge! Les épreuves surmontées ensemble les ont soudés, ils ont
appris à se connaître, et à co-naître, c'est-à-dire naître, ensemble, l'un à
l'autre et à eux-mêmes. Déjà, ils ont commencé à comprendre ce qu'est aimer:
vivre avec, pour et par...
Le mariage représente une nouvelle étape, un
approfondissement de tout cela. L'attente, puis l'accueil d'un enfant les
feront aller encore plus loin, sur ce chemin d'apprentissage du vrai sens de
l'amour.
Je fais le lien avec la troisième étape de
l'Eucharistie: vivre, c'est donner sa vie. Les deux premières étapes étant
l'accueil: vivre, c'est rencontrer, et la Parole: vivre, c'est écouter. A la
messe, nous apprenons à offrir notre vie, comme Jésus, par amour.
N'est-ce pas un
peu compliqué, tout cela, pour des jeunes qui ne viennent pratiquement jamais à la messe?
Au contraire! Ils me disent: "On ne nous avait
jamais expliqué la religion comme cela!" La messe est dans la vie, elle
nous apprend ce que c'est que vivre, elle nous révèle le vrai mystère de
l'Amour. Si pour nous, chrétiens, l'Eucharistie n'a plus ce sens, il nous faut
réfléchir! Ce que j'explique aux couples, c'est qu'aimer ce sont ces 4 choses:
rencontrer, écouter, donner sa vie, et, pour finir, savoir qu'on est
responsable de l'autre (4ème étape). Et je les invite à venir à la messe - en particulier, une fois dans l'année, à l'Ascension, nous
convions les fiancés de l'année pour les présenter à la communauté, ainsi que
les jeunes mariés. Beaucoup d'entre eux viennent!
Pour en revenir
au sacrement de mariage...
Le mariage est par excellence le sacrement de
l'Amour. Le mystère de Dieu-Amour, comme dit St Paul, c'est grand! Le sens même
du mariage à l'Eglise, ce n'est pas de dire à l'autre "Je t'aime",
mais "Je me donne à toi" ! Il n'y a pas de plus grand amour!!! Cela
nous fait entrer dans le mystère de la Trinité.
Encore un mot compliqué!
C'est un mot compliqué si on entre dans des schémas
géométriques pour tenter de l'expliquer, mais c’est simple si on essaie
de considérer qui est Dieu. Dieu n'est pas un être solitaire, il est un être de
relation, de communion. Ainsi, regardons ce qu'est un être humain. De même que
Jésus a un corps, physique, culturel, historique, mais aussi un corps
ressuscité, spirituel, et enfin un corps mystique, qui est l'Eglise, de même nous
possédons chacun ces trois composantes. Nous sommes constitués de tout un
réseau de relations, la valeur de nos vies se mesure à la valeur de nos
relations: dis-moi qui tu fréquentes, je te dirai qui tu es.
Pour Jésus lui-même, la question s'est posée:
"Pour vous, qui suis-je ?" Et pour nous, en particulier pour un
couple de fiancés, il ne s'agit pas seulement de savoir qui nous sommes pour
nous-même, mais qui nous sommes pour l'autre!
Comment les jeunes reçoivent-ils ce questionnement-là?
N'oublions pas que le mystère de Dieu révèle ce qu'est notre vie à nous,
créés à son image.
Par exemple, la notion de manque, liée à celle
d'altérité. Dieu, en donnant son Fils, a consenti au manque; par amour il nous
a montré qu'il avait besoin de nous... et c'est ce que nous vivons aussi dans
nos relations humaines, en particulier dans le couple!
Pour que les mariés entrent dans ce mystère-là, il
faut compter sur la grâce du sacrement... non pas seulement pour toute la vie,
mais déjà le jour même du mariage! Il est très important de bien préparer la
cérémonie sur le plan spirituel, car ce jour-là beaucoup de choses se jouent!
Et la foi?
On ne peut pas vivre sans croire. Même pour jouer au tennis,
si l'on n'y croit pas, on va rater la balle! La foi, la vie spirituelle, font
partie de la vie tout simplement. Comment pourrait-on fonder un foyer si l'on
ne croit pas à l'amour ? Après, il nous faut bien sûr découvrir que c'est
Dieu qui est la source de l'amour, comme de la vie.
Comment parlez-vous avec les jeunes couples de
leur engagement?
Je leur demande quel est leur projet de vie, leur
charte, qu'ils reliront à leur anniversaire pour voir où ils en sont...
Certains de mes confrères demandent aux fiancés de rédiger chacun leur propre
texte, moi je préfère qu'ils le fassent ensemble: ils ne s'engagent pas
seulement l'un vis-à-vis de l'autre, mais ensemble devant Dieu et les hommes.
Je leur demande de bien préciser ensemble ce qu'ils
mettent derrière les mots. Par exemple, dans le mariage, vous vous engagez à transmettre
à vos enfants le meilleur de vous-mêmes". .. mais concrètement, c'est
quoi ?
Et pour évoquer
les quatre fameux "piliers" ?
La liberté, c'est la capacité de choisir ce qui me
permet de vivre (heureux)... et de me libérer de ce qui m'en empêche. Je
préfère parler de libération. Est-ce que l'amour nous libère, ou est-ce une
suite de concessions permanentes ? Il est très différent de faire les
choses par amour, ou par devoir... L'amour nous libère de nos égoïsmes, mais
aussi de nos culpabilités mal placées.
Pour parler de l'engagement (pour la vie), j'aime
parler de la volonté. Non pas la volonté volontariste, mais la volonté du cœur.
La décision intime, profonde, et qui prend les moyens qu'il faut pour se
réaliser. "Je veux t'aimer sans cesse, de plus en plus", dit le chant
scout. La grâce de Dieu est gratuite, mais quand je dis "oui", comme
Marie, je m'engage à fond. C'est moi qui m'engage, et j'en suis responsable,
sinon je me trahis moi-même. C'est cela être adulte. La liberté de dire oui
est une marque de maturité, il n'y a pas de liberté sans engagement, et
réciproquement.
La fidélité nous renvoie à la racine du mot : fides,
confiance. Dire "Je t'aime", c'est assez facile. Dire "Je te
crois", ou "Je crois en toi", c'est plus difficile!
La vraie fidélité, ce n'est pas seulement ne pas
trahir, mais aimer chaque jour davantage. La question à poser à son conjoint,
ce n'est pas: "Est-ce que tu m'aimes ? ", mais "Est-ce que
je t'aime
assez ?" D'où notre besoin de prière: comme dit le chant, "Donne-moi
la force d'aimer"... Cela nous amène au pardon, car si je dis "Ca
suffit, j'ai assez aimé", je (me) trahis.
La fécondité, c'est le rayonnement de l'amour. Les
gens doivent sentir que vous vous aimez, et, lorsque viennent les enfants, que
vous en êtes heureux. On ne se marie pas pour soi. Comme dit le nouveau
rituel: "Acceptez-vous la mission de témoigner de l'amour de Dieu ?" Mais
là non plus,
ce n'est pas une question volontariste. Ecoutons Sainte Thérèse d'Avila :
"La rentabilité, c'est l'affaire des hommes, la fécondité, c'est l'affaire
de Dieu".
Tout cela, les jeunes peuvent très bien l'entendre, et même,
ils en sont heureux, car cela les renvoie à la vérité de leur amour.
Pour revenir à votre
parcours quand vous accompagnez les fiancés:
Donc, après avoir parlé de leur histoire et élaboré
leur projet de vie, ils sont invités à choisir les textes de leur cérémonie,
et nous les travaillons ensemble. En particulier, je propose à chacun de tirer
du texte ce qu'il estime être la phrase-clé. Ce n'est pas forcément la même
pour les deux, et nous en parlons ensemble. Il y a aussi le choix des phrases
du rituel. C'est à moi de les aider à faire le lien avec leur vie : le moment
de reprendre avec eux ce qu'ils m'en ont déjà confié..
Y a-t-il des cas
où vous ne pouvez pas accepter la demande des fiancés, par
exemple si ceux-ci déclarent ne pas vouloir d'enfants?
Ce cas de figure précis ne
s'est jamais présenté à moi. D'une manière plus générale, je dirai que
l'accompagnement des fiancés est avant tout un partage, et que partager avec
quelqu'un ne signifie pas être d'accord sur tout. Et dans un cas comme celui-là,
j'inviterais avant tout à la confiance. Un couple peut dire: "En ce
moment, nous ne sommes pas prêts à avoir un enfant, ou à nous marier",
mais apprendre à croire que l'amour nous change. Quelqu'un qui, tout petit, n'a
pas reçu de confiance ou d'affection ne peut pas d'emblée les donner, mais un
chemin est possible, et c'est notre regard de confiance qui éveille la confiance
de l'autre...
Quelle
"suite" souhaitez-vous donner à cet
accompagnement des fiancés?
C'est la
communauté chrétienne qui doit prendre le relais. Déjà, le jour du mariage, qui
comme je l'ai dit est très important, il est bon que les mariés et leurs
familles puissent être accueillis par des membres de la communauté et pas
seulement par le prêtre. Ensuite, il y a toutes les étapes de la vie: naissance
et baptême des enfants, puis éveil à la foi, catéchisme, etc. Il y a un lien
entre tous ces moments, il est important que les gens le sachent, et sachent
qu'ils sont invités à participer à la vie de l'Eglise au moins à ces occasions.
Même les enterrements sont importants, j'ai connu des jeunes qui ont décidé de
se marier parce qu'ils avaient été touchés lors d'un enterrement.
Le mot de la fin?
Ce qui importe avant tout, c'est la Vie. Croit-on à la
Vie? Que veut-on faire de notre vie? Quel sens a-t-elle pour nous? La
préparation au mariage est un moment privilégié pour se poser ces
questions-là.
Il n'est de vie que spirituelle, c'est-à-dire
nourrie de l'Esprit. Vivre, c'est aimer, et être aimé. Et il n'y a pas de plus
grande fidélité, pas de plus grand cadeau à faire à ceux qui nous ont donné la
vie: Dieu, nos parents, que de prendre en charge notre propre vie. La vie
reçue, on la transmet, c'est tout...
Centre Jean Bart – 75006 Paris